Carrefour de participation, 
     ressourcement et formation
                         Bulletin de liaison  No 93, juin 2008

Une de trois

Une autre année de fonctionnement, d’engagement, de réflexion et de conscientisation s’achève pour nous. Il s’agissait de la première année de la planification triennale 2007-2010. Elle a été particulièrement fructueuse.

Voici quelques éléments de l’année écoulée : une cinquantaine de sessions de formation données dans presque toutes les régions du Québec et même une à Moncton au Nouveau-Brunswick ; nous avons terminé le deuxième et dernier volet de la tournée sur le sens collectif de l’engagement social ; la production de textes de réflexion ; quelques collaborations radios ; la recherche constante de financement ; nos participations à la Coalition des organismes communautaires autonomes de formation (COCAF) et au Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ); la participation aux rencontres régulières et à l’exécutif du Collectif pour un Québec sans pauvreté ; les activités régulières, etc. Ce fut, c’est le moins que l’on puisse affirmer, une année bien remplie. Pour en savoir plus, le bilan complet des activités sera disponible dès le mois de septembre prochain.

Le présent bulletin de liaison est le quatrième et dernier des quatre bulletins annuels produits par le CPRF. Pour réduire nos coûts de fonctionnement et question d’alléger nos tâches de travail, contrairement aux trois premières parutions, nous n’avons pas produit de version papier de cette édition. Seule la version électronique est disponible et la facture de ce bulletin est aussi différente des éditions précédentes. Ainsi, ce numéro est essentiellement composé de deux grandes parties. Dans un premier temps, vous trouverez un article de réflexion portant sur l’importance de l’analyse sociopolitique et, en deuxième lieu, les poèmes de jeunes ayant participé au 24 heures de ressourcement des jeunes qui s’est tenu en mars dernier.

Nous profitons de l’occasion pour vous souhaiter un bel été et de bonnes vacances.

L’équipe du CPRF

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Le Bulletin de liaison du CPRF est produit par : Michel Brabant, Guy Fortier, Anne-Marie de la Sablonnière, Louise Lafortune et Nelson Tardif. Merci à Lucie Lépine de sa généreuse collaboration.

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L’analyse sociopolitique
Une pratique collective essentielle

Cette réflexion a pour but de rendre compte de l’importance de l’analyse sociopolitique dans l’engagement pour la transformation du monde dans une perspective de justice et d’équité au plan social et économique. À cet égard, nous voulons partager quelques observations et réflexions qui sont le fruit de notre pratique de formation et de ressourcement auprès de personnes et de groupes engagés dans un tel processus. À titre d’exemple, notre point d’ancrage pour effectuer cette réflexion s’inscrit plus spécifiquement dans l’une des sessions de formation du Carrefour de participation, ressourcement et formation (CPRF)[1] : Le Bien commun n’est pas d’intérêt privé.

Un processus d’éducation populaire autonome

L’éducation populaire autonome (ÉPA) est un processus qui se fait et se vit avec les personnes qui vivent des atteintes à leur dignité et à leurs droits et qui vise l’action collective. Il ne s’agit pas simplement d’une approche pédagogique, mais avant tout d’une option en faveur de celles et ceux qui subissent l’oppression, l’exploitation, l’aliénation et l’exclusion.

Il s’agit, entre autres choses, de faciliter, avec les personnes et les collectivités, la reprise de pouvoir sur leur vie et la mise en place des conditions favorisant leur épanouissement. Cette perspective favorise aussi l’exercice plein et entier de leurs droits et de leurs responsabilités sociales.  Cette réappropriation est aussi celle de leur citoyenneté qui ne se résume surtout pas à n’être que des producteurs(trices) – consommateurs(trices). L’exercice de la citoyenneté privilégie la prise de parole et un engagement plus actif dans la collectivité. Par conséquent, elle soutient une plus grande démocratisation de la société comprise dans un sens plus large que le seul exercice du droit de vote.

C’est, notamment, dans l’action collective que les apprentissages sont rendus possibles.  La pratique de l’ÉPA se fait dans un aller-retour constant entre l’analyse et l’action. Comprendre, c’est se donner les moyens d’agir et l’action exige des retours réguliers à l’analyse. Toutefois, dans une telle perspective, faire de l’analyse sociopolitique avec les gens suppose que nous sommes convaincus qu’ils ont déjà une certaine compréhension de leur réalité. Ils ont la capacité, avec d’autres, de développer une compréhension critique des phénomènes sociopolitiques et économiques dont ils sont victimes.  Si nous faisons véritablement avec les gens, alors ils sont en mesure de s’approprier les clés de l’analyse sociopolitique et de trouver des solutions créatives aux problématiques auxquelles elles et ils sont confrontés, et ce, dans une optique de solidarité collective. Affirmer le contraire n’est qu’une forme de plus d’aliénation. Une telle approche demande plus d’énergie et de temps, mais ensemble on va plus loin.

Qu’est-ce que ça donne ?

Partons maintenant de notre point d’ancrage : la formation Le Bien commun n’est pas d’intérêt privé. Dans ce cas, l’analyse, couplée à une approche d’ÉPA, permet deux choses :

1) de construire ensemble notre savoir par l’utilisation de moyens de prises de parole et de grilles d’analyse.

2) de démasquer le discours idéologique qui cherche à légitimer la privatisation des services publics et d’en repérer les actrices et acteurs principaux.

Par ailleurs, une fois le discours démasqué, il est possible de retracer les grandes lignes de la genèse historique du capitalisme. Cela permet de mieux saisir ensemble ce qu’est le néolibéralisme et les énoncés théoriques qui en constituent les fondements.  L’analyse sociopolitique facilite l’appropriation des éléments essentiels de la logique économique actuellement à l’oeuvre dans le monde et au Québec autour de ses trois axes principaux : la libéralisation, la déréglementation et la privatisation.

Le travail de conscientisation qu’on fait en commun concernant les rouages et les fondements du capitalisme, plus particulièrement du néolibéralisme, fait naître l’indignation. Celle-ci est l’un des moteurs de l’engagement social. Ce travail facilite la compréhension (les gens veulent comprendre) des stratégies de privatisation qui mettent en péril le Bien commun. Le processus d’analyse sociopolitique correspond, notamment, à une entreprise de déconstruction de l’idéologie dominante. Il permet de s’attaquer aux préjugés et aux idées toutes faites provenant du discours idéologique et matraqué à coup de millions de dollars dans la tête des citoyennes et des citoyens. Il s’agit aussi d’une entreprise de décolonisation de la pensée pour que nous puissions apprendre à réfléchir par nous-mêmes et ainsi être plus attentifs à la provenance des discours et des idées véhiculés.

Le temps passé à comprendre fait en sorte que les personnes s’approprient des grilles d’analyse qui ont pour effet de permettre de lire la réalité et les médias avec plus d’acuité et de profondeur. La nouvelle compréhension des enjeux permet à son tour de donner plus de prises pour intervenir dans le processus de transformation sociale tout en combattant les préjugés. Il devient alors possible d’agir ensemble, de lutter contre le défaitisme ambiant qui paralyse ou la tentation de démissionner face aux forces néolibérales.

Quelques témoignages à l’appui

Voici ce que quelques personnes nous ont partagé à la suite d’une journée de formation pour comprendre la logique de privatisation :

« L’historique du début [de la formation] est long, mais on comprend davantage en cours de route. »

« Attention au dérapage néolibéral, la solidarité des gens est importante pour éviter de sombrer dans le dieu marché [élément expliqué au début de la formation]. »

« L’image de la « sainte-trinité » du dieu marché [vue dans la session] est très évocatrice pour moi. »

« Les riches deviennent toujours plus riches et la classe moyenne s’appauvrit aussi  (je n’avais pas réalisé !) »

« Il est important de contribuer à notre mesure à changer les règles du jeu »

« On devrait se ressourcer une fois par mois pour faire plus d’actions. »

« Il faut se battre pour avoir des services communs pour aller à l’encontre du courant néolibéral. »

« Démystifier la situation m’a aidé. La solidarité est essentielle. »

Chaque pas fait sur le chemin de la conscientisation est essentiel, puisque la transformation du monde, dans le respect de la vie, commence par là.

Un processus qui conduit à l’action

Faire de l’analyse sociopolitique facilite l’identification des enjeux globaux et des acteurs qui y sont associés, mais également des enjeux et acteurs locaux.  Dans cette foulée, les gens s’habilitent ensemble à faire des liens entre différentes problématiques et luttes qui, de prime abord, semblent ne pas en avoir.  Autrement dit, l’analyse sociopolitique favorise une compréhension globale qui aide à saisir qu’il y a certaines logiques de fond qui traversent l’ensemble des secteurs d’activité humaine et qu’elles ont des impacts concrets dans la vie quotidienne. Simplement, une nouvelle compréhension des liens entre des enjeux souvent très variés, mais aussi les luttes qui leurs sont associées, se dessine progressivement. Bref, en permettant de saisir les enjeux globaux l’analyse donne des poignées concrètes pour agir localement. Elle permet également de réaliser qu’en agissant localement nous contribuons aussi à la transformation globale de la société. Tout se tient et tout est interrelié.

Pareil constat permet aux personnes de se poser des questions cruciales pour élaborer un agir mieux ciblé : chez-moi, dans ma région et ma localité, comment tel ou tel enjeu se profile-t-il ? Qui en sont les acteurs et actrices ? Avec qui puis-je m’allier ? En d’autres termes, l’analyse sociopolitique est un incontournable qui permet de mieux s’outiller pour démasquer ce qui engendre oppression, exploitation, exclusion et aliénation.  Elle favorise des actions collectives mieux ciblées et donc une plus grande cohérence. Par ailleurs, cela permet de ne pas opposer luttes locales et solidarité internationale. Dans un cas comme dans l’autre il s’agit d’un même combat de résistance et de transformation du monde pour plus de justice contre les forces qui écrasent la vie et ce qui est nécessaire à son maintien.

Brève conclusion

Il est important de redire que les quelques réflexions contenues dans ce court texte nous sont directement inspirées de notre pratique de formation et des personnes qui y participent. Nous sommes à même de constater les effets positifs et stimulants de l’analyse sociopolitique, lorsqu’effectuée dans le cadre spécifique, mais très flexible, de l’ÉPA. Cependant, nous constatons aussi que, malheureusement, des groupes et des personnes intervenantes aux prises avec des urgences délaissent cette pratique avec les personnes qu’ils rejoignent. Il s’agit d’un piège qui réduit la force d’impact et le rôle essentiel du mouvement d’action communautaire autonome. Par ailleurs, négliger l’analyse sociopolitique contribue à laisser plus de place aux logiques et aux mécanismes d’oppression, d’exploitation, d’exclusion et d’aliénation sur la société.

À la lumière de notre expérience faire l’économie de l’analyse sociopolitique équivaut, d’une part, à s’amputer d’une profondeur dans la compréhension et la lecture que nous faisons de la réalité et, d’autre part, à ne pas saisir les liens de fond qui existent entre des problématiques aussi diverses, par exemple, que la privatisation des services publics, le réchauffement climatique, l’exploitation économique, l’accès à l’eau potable et l’occupation militaire de l’Irak. C’est également perpétuer l’exclusion des actrices et acteurs essentiels au processus de transformation sociale, c’est-à-dire les principales victimes des stratégies néolibérales et des systèmes sociopolitiques et socio-économiques en place.

Dans cette perspective, l’analyse sociopolitique favorise, entre autres, une participation citoyenne active et mieux articulée autour des grands enjeux collectifs. Une collectivité où les citoyennes et les citoyens assument une prise de parole libre et un agir efficace se transforme  en une société plus égalitaire, démocratique et vivante. C’est dire toute l’importance que revêt une telle analyse dans la perspective des luttes sociales pour un monde plus juste, équitable et respectueux de la vie au sens large.

Nelson Tardif
Artiste en art visuel, écrivain et animateur-formateur

Avec la collaboration des autres membres de l’équipe de travail du CPRF :

Anne-Marie de la Sablonnière
Guy Fortier
Louise Lafortune
Michel Brabant




[1] Le CPRF est un organisme pan québécois d’éducation populaire autonome voué à la transformation permanente de la société dans le sens de la justice sociale et du respect de la dignité humaine.

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À inscrire à votre agenda

·     Veuillez noter que les bureaux du CPRF seront fermés pour la période estivale du 23 juin au 4 août inclusivement.

·      L’assemblée générale du CPRF se tiendra vers la fin du mois de septembre. À ce sujet, vous recevrez toute l’information nécessaire vers la fin août ou au début de septembre prochain.

 


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Liberté

Les poèmes qui suivent ont été rédigés par les jeunes lors du dernier 24 heures de ressourcement pour les enfants vécu autour du thème de La Liberté.

Lors d’une activité en équipe, les jeunes, inspirés d’une œuvre du poète Paul Éluard,  ont composé des poèmes. Ils ont été lus le samedi soir, lors d’une marche aux flambeaux marquée de cinq arrêts qui nous remettaient devant une des réalités vécues par des enfants privés de liberté et prisonniers de la guerre, de  l’esclavage et de l’exploitation, de la maladie, de l’image imposée, de diverses dépendances. À chacun des arrêts, une de ces réalités était présentée. Suivait une minute de silence en solidarité et la lecture de l’un des poèmes. Les voici comme autant de bouquets partagés.

Extrait du poème de Paul Éluard présenté aux jeunes

« Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom… »

 

« Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom… »

 

« Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom... »

 

« Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom… »

 

« Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom… »

 

« Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer… »

Liberté[1]




[1] Les plus beaux Poèmes de la Liberté, éd. D’Hier à Demain.

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Poèmes des jeunes

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Sur la terre, le ciel et les nuages

Sur les arbres, les montagnes et les rivières

Sur le cœur de mon ami Jean

J’écris ton nom

 

Sur le bol de toilette, car c’est un lieu de recueillement

Sur les murs d’école et du CPRF

Sur une banderole tirée par un avion

Sur les automobiles ou au front de tout le monde

J’écris ton nom

(Alice, Éloïse, Gabriel, Philippe, Arnaud, Maxime) 6-8 ans

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Sur la lune, le soleil et les étoiles

Sur tous les astres de l’univers

Sur toutes les fusées qui partent en exploration

J’écris ton nom

 

Sur toutes les fleurs et les feuilles

Sur les jeunes arbres en train de pousser

Sur toutes les plages remplies de coquillages

J’écris ton nom

 

Sur tous les casques des soldats

Sur toutes les maisons détruites et les bâtons de dynamite

Pour faire taire tous les fusils et les canons

J’écris ton nom

 (Mathilde, Luc Olivier, Gérôme, Amélie, Gabrielle,

Sophie Anne)  9-10 ans

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Sur ta peau blanche ou noire

Ou d’une autre couleur

Sur ton ventre qui a faim

Sur tes vêtements usés

J’écris ton nom

 

Sur ton activité préférée

Sur ton opinion partagée

Sur tes semblables

J’écris ton nom

 (Éloïse. Éloi, Anabelle, Florence, Béatrice, Caroline)

11-12 ans

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Dans le ciel des pays de mes rêves

Sur ta peau

et sur les ailes d’un oiseau

Sur chacun de mes pas

Et la tombe de ceux qui t’ont cherché

Sur le cœur de ceux qui combattent en ton nom

Sur chacun des murs qui me séparent de toi

Gravé dans le marbre

Ou inscrit sur la semence

J’écrirai ton nom

(Antoine, Joël, Florence, Andrée-Anne, Laurence, Étienne)

13-14 ans

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Sur l’innocence d’un enfant qu’on protège

Sur le droit de savoir que je reçois en éducation

Sur la connaissance qui me sort de l’aliénation

Sur la lutte à la loterie des trop peu nombreux

gagnants

Qui exploite la multitude des perdants

J’écris ton nom


Sur mon opinion exprimée que je fais connaître

Sur les petits pas réalisés, inlassablement

repris et continués

Sur nos choix privilégiés,

Sur nos actes posés

J’écris ton nom

 (Francis, François, Marc Antoine, Marc André,

Marie Dominique, Charlotte)  14-16 ans

***